Conférence "La famille"

INTERVENTION DU MARDI 29 SEPTEMBRE

LE SYNODE SUR LA FAMILLE

Père Vincent Guibert avec la participation de l'équipe synodale paroissiale

 

a. Cadre pratique de la réflexion dans le cadre de ces rencontres.

 

Les participants, vous ne serez pas étonnés, sont des couples pour l’essentiel.

Au nombre de 5, mariés depuis moins de 10 ans pour le plus jeune, et depuis plus de 50 ans pour le plus âgé, couple ayant fêté ses noces d’or très récemment.

Deux dames seules, une étudiante célibataire et une personne divorcée.

Avec le Père Vincent, cela constituait un groupe de 13 personnes.

Les couples n’ont pas toujours pu participer à chaque fois ensemble suite à des contraintes professionnelles ou autres.

Cependant l’un des deux a toujours été présent.

Nous nous sommes retrouvés entre janvier et avril 2015 à 5 reprises, et au moins une dizaine de personnes à chaque fois.

De la part du Père, deux absences décidées afin de permettre un travail différent sans prêtre.

Le but étant de donner davantage la parole aux laïcs sans la tentation du recours au regard « normé » dans les échanges entre les participants.

Un compte rendu de chaque réunion est envoyé à chacun à l’issue de chaque rencontre. Compte rendu aménagé selon les souhaits de l’un ou l’autre participant si nécessaire.

 

b. Feuille de route donnée par le Père Guibert 

 

Les objectifs de ces rencontres et de ces échanges ont été définis de la façon suivante lors de la première réunion avec le Père d’un commun accord :

 

1 - Prendre connaissance du texte intitulé, en latin « Relatio Synodi » daté du 18 octobre 2014, titre que l’on peut traduire par Rapport du Synode.

2 - Commenter ce texte, constitué de 62 Paragraphes, synthétisant le travail des pères synodaux de ce synode dit extraordinaire, qui s’est tenu du 5 au 18 octobre 2014 à Rome.

3 - Relever, les points, les thèmes où chacun des participants se sent davantage concerné, à titre personnel ou indirectement et dont la session d’octobre 2015, dite synode ordinaire qui va se tenir du 4 au 25 octobre va débattre pour aboutir à la rédaction du rapport final appelé exhortation apostolique post synodale.

4 - Possibilité de donner une suite concrète à la paroisse, et dans cette hypothèse, formuler et mise en place de cette suite. Ce sera le travail d’échanges et de réflexion qui se tiendra tout à l’heure.

 

c. Un peu d’histoire et de culture religieuse 

 

Un SYNODE des Evêques est une assemblée constituée d’évêques et de cardinaux pour l’essentiel, réunis à l’initiative du Pape autour d’un thème précis, comme ici la famille.

Habituellement, un synode des Evêques se tient en une seule session.

Les travaux à l’état brut ne sont jamais publiés de cette façon pour débats.

Ce n’est pas le cas aujourd’hui. Nous sommes face à une première, c’est un cas totalement innovant que cette volonté de placer le débat sur « la place publique » et de procéder à deux sessions.

Deux sessions qui se tiennent successivement, l’une dite extraordinaire et l’autre ordinaire, à 12 mois d’intervalle.

La session dite extraordinaire s’est déroulée du 5 au 18 octobre 2014.

Celle dite ordinaire se déroulera du 4 au 25 octobre 2015.

Laissons le Cardinal Scola, Archevêque de Milan évoquer ces deux sessions : LECTURE PAR QUITERIE

La conclusion finale des travaux des pères synodaux est publiée sous la signature du Saint-Père dans ce qu’on appelle une « exhortation apostolique post synodale ».

Cette publication intervient généralement quelques mois à l’issue de la clôture du synode. On devrait pouvoir disposer de ce document final concernant le synode sur la famille au printemps 2016.

 

Cette publication, le Relatio Synodi de la première session va alors servir de base pour susciter le travail de réflexion et le débat que nous avons eu dans nombres de paroisses tant en France que dans d’autres pays à l’initiative des conférences épiscopales locales.

Puis ce travail de réflexion a été synthétisé par les différentes conférences épiscopales pour transmission à Rome.

Ces synthèses des différentes conférences épiscopales ont été reprises à Rome pour une synthèse générale.

Cette synthèse ainsi que le Relatio Synodi ont été repris pour élaborer la nouvelle feuille de route pour le synode ordinaire.

 

Ce document s’intitule

Instrumentum Labori pour la session ordinaire d’octobre 2015. C’est le document de travail pour cette session à venir.

Maintenant un peu de vocabulaire pour préciser 6 mots parfois en latins

- Assemblée générale et assemblée extraordinaire du synode des évêques.

- Relatio Synodi ou Rapport Final

- Linéamenta ou grandes lignes

- Instrumentum Laboris ou instrument de travail

- Exhortation apostolique post synodale

- Sensus fidei ou sens de la foi

 

LECTURE PAR QUITERIE

 

Synthèse du texte Relatio Synodi vue par le groupe de NDAA

SYNTHESE

 

Lors de la première réunion, nous avons fixé les objectifs à partir de la feuille de route proposée par le Père Vincent.

- Prendre connaissance du texte.

- Le commenter et s’exprimer en fonction de ce qu’il évoque pour chacun des participants.

- Préciser les thèmes, les sujets sur lesquels des attentes se font jour.

Chacun s’est présenté, par rapport à la famille.

Couple, célibataire, séparé, divorcé… ayant été confronté à la douleur d’un divorce soit directement, soit comme proche (enfant, frère, sœur de personnes ayant vécu ces difficultés)

Cette prise de contact et les premières rencontres ont permis de déceler l’importance des mots.

Si leur signification est une chose, ce à quoi il renvoie en est une autre.

Par exemple, le mot « divorce » peut à partir d’une définition que tout le monde partage, renvoyer à des images neutres, ou au contraire dramatiques et très douloureuses pour d’autres …

Chacun était interpellé à la lecture de ce texte selon son histoire, ses attentes et ses blessures.

Dans ce document, l’Eglise constate avec lucidité que la famille « idéale » d’un père, d’une mère et d’enfants vivant dans la durée ne constitue plus du tout l’unique représentation de la famille de 2015 et cela à travers le monde, loin s’en faut.

De multiples situations, plus ou moins proches de cette représentation « idéale » apparaissent pour des raisons multiples et variées.

Lesquelles sont exposées dans le Relatio Synodi.

Lorsque l’on sait que près de 60 % des enfants nés en France en 2015 naissent au sein de couples non mariés et qu’à Paris, en 2015, un mariage (civil) sur deux se termine par un divorce, on peut mesurer combien l’analyse de la situation décrite dans le Relatio Synodi est concrète et que les Pères synodaux disent bien la réalité.

La trame de ce document, le Relatio Synodi, permet de lister d’une façon quasi exhaustive ces situations et d’en exposer les dangers, les limites tant d’un point de vue anthropologique que de celui de la doctrine de l’Eglise.

Il ne s’agit surtout pas de susciter des remèdes afin de restituer une situation antérieure idéale.

L’objectif est de partir de la situation réelle du terrain et de permettre à l’Eglise d’annoncer la réalité du message évangélique dans toute sa bienveillance, sa globalité, son exigence, et sa réalité.

L’annoncer d’emblée et surtout à ceux qui se sentent extérieurs, voire rejetés, et vivent des situations que l’Eglise récuse, réprouve dans son enseignement, dans sa doctrine.

Tous ceux que de nombreux pasteurs accompagnent déjà du mieux qu’ils peuvent à travers une pastorale adaptée, mais que beaucoup, tant clercs que laïcs jugent encore trop timide, voire bien trop timide.

Car la doctrine de l’Eglise y est rappelée notamment au travers de points très précis et intangibles comme l’indissolubilité du mariage (art 21).

Cette exigence est assortie de nombreux textes prônant la nécessité de la mise en place en amont d’une préparation au mariage vraiment conséquente.

Insistant sur la prise de conscience de la gravité et de la grandeur de cet acte «  sacré » dont l’originalité et la valeur semble se diluer dans la banalisation d’un mariage civil galvaudé, à la durée limitée aux seuls sentiments « adulescents ».

Accueil bienveillant aux situations les plus diverses mais se heurtant sur les exigences actuelles de la doctrine de l’Eglise rendant incompatibles l’accès au sacrement de l’eucharistie et de la réconciliation pour les personnes divorcées et ayant contractées une nouvelle union civile.

Les nombreux points soulignés comme la « facilité » de constater la nullité d’une union, les fondamentaux n’ayant pas été présents au jour du mariage pour permettre une nouvelle union donnera satisfaction aux conjoints mais va blesser les enfants issus d’une « non-union ».

Le Pape a très récemment agi en ce sens en modifiant sensiblement les procédures de reconnaissance en nullité :

- Gratuité des démarches

- Procédure en appel supprimée, elle était obligatoire, ce qui obligeait systématiquement à un nouveau procès.

- Raccourcissement des délais, une des conséquences de la suppression de l’appel obligatoire.

 

Deux points essentiels reviennent en permanence

Dans les propos de tous les intervenants :

 

  1. L’accueil des divorcés remariés afin de leur permettre et selon quels critères l’accès aux sacrements dont ils sont exclus actuellement.
  2. La miséricorde dont le Pape a annoncé qu’elle serait au centre d’une année débutant le 8 décembre prochain, peut-elle s’inscrire davantage encore dans l’Eglise dans le travail d’accueil de ceux et de celles que la situation semble exclure alors que le Christ répète dans les Evangiles en paroles et en actes qu’il est venu pour les malades, les exclus et qu’il soigne ces mêmes malades et ressuscite les morts (Lazare, la fille de Jaïre).

 

D’autres points ont été abordés plus ponctuellement mais font également l’objet des préoccupations et des avis – éventuellement divergents – des membres de l’équipe. Quelques-uns de ces points sont présentés ci- dessous :

L’interprétation de l’encyclique Humanae Vitae, dans laquelle le magistère aborde la régulation des naissances. Pose-t-elle encore problème en voulant être appliquée, ou est-elle totalement ignorée, ce en quoi elle serait alors éludée ? Autre hypothèse, elle serait parfaitement suivie avec comme conséquence des naissances non prévues et sources de fatigues pour les familles.

 

Dans tous les cas de figure, son existence n’aurait plus de raison d’être selon certains. Pour d’autres, elle aurait toute sa raison d’être et serait un guide à conserver.

L’accueil dans l’Eglise des personnes chrétiennes homosexuelles. Sur ce point, le témoignage de deux membres d’une association de personnes homosexuelles souhaitant vivre leur foi en Jésus Christ (Devenir Un en CHRIST) a été particulièrement marquant au sein de l’équipe.

La préparation au mariage, qui pose la question de la solidité de la préparation pour donner les moyens de vivre un couple durable.

Ce point soulève également la question de la continuité dans le parcours des jeunes couples (par opposition à un « avant » et un « après » le sacrement. Différence trop radicale.

Les jeunes couples sont laissés, voire délaissés après le mariage.

Les plus motivés peuvent poursuivre volontairement, avec des groupes comme

Tandem et autres mais pour beaucoup, c’est le désert spirituel ensuite.

Accueil des couples plus loin de l’Eglise, pas nécessairement mariés, envisageant le mariage ou cherchant un point d’appui pour leur vie de couple.

Le document a suscité autant de réactions que de personnes, avec des nuances, des avis divergents bien tranchés.

D’abord dans sa compréhension, quoique le texte soit facilement abordable et ne nécessite pas la maitrise d’un langage théologique.

C’est beaucoup plus dans le fond des textes que les avis ont divergé.

Les mots, même simples n’ont pas forcément la même résonance pour chacun.

En fonction du vécu des participants, ils renvoient à des expériences bien différentes, indépendamment de ce que les pères synodaux ont voulu faire passer.

D’où l’intérêt des échanges à ce premier niveau.

Ensuite sur le fond, il y a eu un consensus pour au moins deux grands thèmes, les divorcés remariés, et la nécessité d’une plus grande miséricorde.

Par contre les avis divergent sur les réponses à apporter aux couples vivants ces drames d’un divorce et l’interprétation de la miséricorde sans tronquer la doctrine de l’Eglise.

On peut voir Le Relatio Synodi, comme un double regard posé sur la société actuelle par l’Eglise.

Un premier regard, un constat de l’abîme entre les fondamentaux prônés par l’Eglise depuis toujours pour la famille et les situations parfois dramatiques vécues par les uns et les autres.

Situations, de plus en plus souvent vécues par les personnes comme victimes des dérèglements et des dérives de la société où la cupidité, l’égoïsme, la violence génèrent ces situations.

Un second regard de compassion et d’accueil dans un apostolat où les pasteurs ont de plus en plus de difficultés à accorder les exigences de la doctrine, concernant la famille à travers des situations quotidiennes de plus en plus complexes et douloureuses.

Pour conclure je vais passer la parole à Mgr Albert Rouet, ancien évêque auxiliaire de Paris et archevêque émérite de Poitiers, qui s’exprime sur le synode, et son déroulement tel que l’a voulu le pape François.

 

LECTURE PAR QUITERIE

 

Puis nous aurons les témoignages de Quitterie et de Christophe, et le moment de partage avant la conclusion par le père Vincent.