Pourquoi se confesser si Dieu est miséricordieux ?

Père Vincent Guibert

 

Parmi les sources, Chroniques de Mgr Denis Jachiet, sur le site internet du diocèse de Paris.

Discours du pape François sur Zenit.org

 

Je débute simplement avec un souvenir du pape François : jeudi 17 septembre dernier un religieux d’Alep en Syrie a osé lui poser la question suivante : Est-ce trop audacieux de vous demander de nous faire partager ce que fut votre premier appel en septembre 1953 ? Qu’est-ce qui vous a fasciné chez Jésus et dans l’Évangile ? Pourquoi êtes-vous devenu religieux, pourquoi êtes-vous devenu prêtre ?

Réponse du pape François — Le 21 septembre 1953. Je ne sais pas comment cela s’est passé : je sais que par hasard, je suis entré dans une église, j’ai vu un confessionnal et je suis sorti différent, je suis sorti d’une autre manière. Ma vie, là, a changé. Et qu’est-ce qui m’a fasciné chez Jésus et dans l’Évangile ? Je ne sais pas… sa proximité avec moi : le Seigneur ne m’a jamais laissé seul, même dans les moments durs et obscurs, même dans les moments de péchés… Dans les moments plus durs, la mémoire de cette première rencontre m’a beaucoup aidé, parce que le Seigneur nous rencontre toujours définitivement, le Seigneur n’entre pas dans la culture du provisoire : il nous aime pour toujours, il nous accompagne pour toujours. Et je vous confie fraternellement que le souvenir de la confession du 21 septembre 1953 est une source qui a orienté ma vie. Qu’est-ce que le prêtre m’a dit ? Je ne m’en souviens pas. Je me souviens seulement qu’il m’a fait un sourire, et ensuite, je ne sais pas ce qui est arrivé.

 

Pourquoi se confesser puisque Dieu est miséricordieux ?

La parabole de l’enfant prodigue entendue dimanche dernier nous ouvre à la réalité de la conversion que la miséricorde paternelle suscite et promeut. En effet, la miséricorde ne se limite pas au regard plein d’émotion du père qui couvre par ses baisers les fautes passées du fils.

La miséricorde se manifeste dans son aspect propre et véritable quand elle revalorise, quand elle promeut, et quand elle tire le bien de toutes les formes du mal qui existent dans le monde et dans l’homme. Je voudrais donc vous montrer ce soir que la démarche tout entière du sacrement de réconciliation est celle qui nous permet concrètement et humainement de retrouver notre statut de fils, de fille de Dieu. Dans le sacrement tout est fait pour que je grandisse et que ma dignité soit restaurée.

Dans son exhortation Evangelii Gaudium, au numéro 3, le pape François nous écrivait : « J’invite chaque chrétien, en quelque lieu et situation où il se trouve, à renouveler aujourd’hui même sa rencontre personnelle avec Jésus-Christ ou, au moins, à prendre la décision de se laisser rencontrer par lui, de le chercher chaque jour sans cesse. Il n’y a pas de motif pour lequel quelqu’un puisse penser que cette invitation n’est pas pour lui, parce que ‘personne n’est exclu de la joie que nous apporte le Seigneur’ ». 

Je crois vraiment que la confession permet cette rencontre personnelle avec le Seigneur. Pour cela, je propose 8 étapes :

 

1. Accueillir la lumière de Dieu sur ma vie

Voilà ce qu’on entend parfois : le péché serait une notion individualiste et scrupuleuse. La présence du mal serait une sorte de fatalité dont on ne pourrait attribuer de responsabilité personnelle. Il est vrai qu’il n’est pas facile de parler du péché et encore moins de son péché. On veut sortir d’une vision infantile de la faute, comme un acte défendu, commis presque malgré soi, qui engendre honte et culpabilité. On évacue la notion de péché et on tombe dans un infantilisme plus grand : on se rend incapable de discerner le bien et le mal et de reconnaître sa propre responsabilité.

L’Église condamne le péché parce qu’elle doit dire la vérité : ceci est un péché. Mais en même temps, elle embrasse le pécheur qui se reconnaît tel, elle est proche de lui, elle lui parle dans l’infinie miséricorde de Dieu. Jésus a pardonné même à ceux qui L’ont crucifié et méprisé.

Connaître et reconnaître sa misère en vérité, sans scrupule ni auto-excuse, c’est un don de Dieu, un fruit de son amour qui pardonne. La miséricorde du Père est le chemin de dévoilement de mon péché et de libération de mon refus de le reconnaître. 

Se confesser n’est pas reconnaître ses qualités et défauts.

Qu’est-ce qui peut rendre à l’homme moderne une conscience éclairée, une lucidité sur ses actes devant Dieu, un sens du péché, adulte et responsable qui lui permet de dire à son Seigneur : « Ce qui est mal à tes yeux je l’ai fait » ?

S’il nous est parfois difficile de désigner en nos actes la part du volontaire et de l’involontaire, demeure la conscience qu’ici et là nous avons refusé la volonté de Dieu. Retenons que c’est toujours Dieu, qui révèle le péché au cœur de l’homme par sa Parole et sa grâce.

Connaître son péché, c’est une lumière sur son chemin pour avancer vers le pardon.

Lorsque que le pape François évoque l’image du confessionnal vu comme un « pressing » il dénonce « l’hypocrisie de ceux qui croient que le péché est une tache, qu’il suffit d’aller dans un pressing pour qu’on vous nettoie à sec, et vous redevenez comme avant. Comme si on faisait nettoyer une veste ou une robe : on les passe à la machine et le tour est joué. Mais le péché est bien plus qu’une tache. Il est une blessure qui doit être soignée et pansée[1] ». L’objectif n’est donc pas tant d’être propre sur soi, que d’être guéri, François préférant insister sur la maladie du cœur de l’homme plutôt que sur la recherche de l’impeccabilité, qui risque trop de s’accoquiner à son corps défendant avec la recherche d’un lustre extérieur. 

Il s’agit de renouveler l’Alliance, ce que nous pouvons magnifiquement faire à Notre-Dame Arche d’Alliance, notamment avec l’examen de conscience avec ses 5 doigts :

bonjour/je t’aime

merci

pardon

s’il te plaît.

Cette prière toute simple permet de rendre grâce à Dieu pour sa présence, son soutien et de dire aussi pardon au Seigneur. Dans ma conscience, je distingue des pardons simples et ce qui peut préparer une démarche pénitentielle.

Le s’il te plaît permet de présenter au Seigneur sa journée du lendemain, d’implorer sa présence et son aide, et nous, nous ouvrir à sa grâce.

Il ne s’agit pas de scruter indéfiniment sa conscience mais de se placer dans la lumière du pardon offert : « La connaissance de Dieu sans celle de sa misère fait l’orgueil et la connaissance de sa misère sans celle de Dieu fait le désespoir », écrivait Pascal. Et il ajoute : « la connaissance de Jésus-Christ fait le milieu car nous y trouvons et Dieu et notre misère ».

 

2. Accueillir la joie et le pardon de Dieu dans ma vie

Malgré mes belles résolutions, je n’ai pas pu m’empêcher, à telle occasion, de reprendre ce comportement mauvais que je voulais définitivement arrêter. » Hélas oui, ce constat nous le faisons ! Que nous soyons pécheurs, au fond, nous le savons bien. Le pardon de Dieu, plus encore que celui des frères que nous avons blessés, nous en avons besoin. Or le pardon, ce n’est pas une chose qu’on peut se donner à soi-même : il se demande et se reçoit. Dieu est « riche en miséricorde » (Ep 2,4) il offre aux pécheurs que nous sommes la possibilité de recevoir son pardon.

Etienne de Mesmay, prêtre de 88 ans qui est à St Séverin disait toujours aux enfants, se confesser, c’est dire au Seigneur, « Dieu, viens à mon aide, Seigneur, à notre secours »

- Il y a des choses que je devrais faire et je n’en ai pas la force, Dieu, viens à mon aide, sauve-moi !

- Il y a d’autres choses que je dois arrêter de faire et je n’y arrive pas ! Dieu viens à mon aide !

 

Au soir de Pâques Jésus ressuscité a soufflé sur ses disciples rassemblés en leur disant : « Recevez l’Esprit Saint. Ceux à qui vous remettrez les péchés, ils leur seront remis. » (Jn 20, 22-23) Le Christ a confié aux Apôtres la puissance de pardon des péchés qui vient de sa mort et sa résurrection. Il leur est donné de prononcer au nom du Christ une parole de pardon efficace, qui réalise ce qu’elle dit.

Nous qui traînons des poids, des actes qui pèsent sur notre conscience, des combats quotidiens où on se décourage, avons-nous réalisé ce qui nous est offert dans le sacrement de la réconciliation ? Nulle part ailleurs ne nous est donné, de façon aussi directe, concrète et sensible, de pouvoir rencontrer la miséricorde de Dieu. Si nous comprenions qu’à chaque confession, au-delà de nos mots hésitants et des paroles de consolation du prêtre, se produit en nous et dans l’église un événement spirituel majeur ! « Il y a de la joie dans le Ciel pour un seul pécheur qui se repent. » Si nous devinions ce qui se passe dans le ciel et au fond de nous lorsque Dieu agit par la parole d’absolution prononcée par le prêtre ! Si nous comprenions que la paix ressentie en recevant le pardon sacramentel est le signe d’une résurrection intérieure ! Alors je crois que, comme certains enfants lors de leur première confession, nous irions en courant vers un prêtre pour recevoir un pardon et une joie que seul le Seigneur peut donner.

Dans son infinie miséricorde, le Seigneur nous dit : « Quand bien même une mère oublierait son enfant, moi je ne t’oublierai pas » (Is 49, 15).

 

3. Pourquoi faut-il dire ses péchés à un prêtre ?

Pourquoi l’Église me demande-t-elle de dire les fautes que j’ai commises pour en recevoir l’absolution ? L’aveu est une parole qui libère, qui met le mal à distance pour s’en défaire sous la lumière du pardon.

Comme il est bon, dans le secret absolu de la confession, de pouvoir atteindre un tel niveau de sincérité sur sa vie et ses actes ! 

Ce sacrement demande qu’on arrive vers le prêtre avec une attitude intérieure de repentir et de conversion qui s’appelle la contrition. Cela suppose d’avoir fait retour sur soi pour repérer et regretter le mal qu’on a commis et d’entrer dans le ferme propos de ne plus recommencer et de réparer ce qui peut l’être. Cette attitude intérieure demande un certain courage de faire la vérité et une réelle détermination de lutter contre la tentation. Ce courage et cette détermination, que seule la miséricorde du Père rend possibles, vont se manifester par un acte personnel parfois coûteux mais libérateur. Cet acte consiste à nommer le mal qu’on a conçu intérieurement, qu’on a réalisé en paroles et en actions, ou en omettant d’agir. Cette parole de grande humilité et de profonde vérité s’appelle la confession. Elle a donné un des noms de ce sacrement.

Comprenons l’importance de l’aveu de nos péchés à la lumière de l’appel que Jésus fait à son ami Lazare pour le ressusciter en le faisant sortir du tombeau puis en déliant ses liens. Après avoir pleuré, Jésus dit à Lazare « Viens dehors ! » Saint Ambroise comprend cela comme une parole adressée à tout pécheur. « Toi qui gis dans les ténèbres de ta conscience et dans les souillures de tes fautes, cette prison des coupables, viens dehors, déclare ta faute. Si à l’appel du Christ, tu fais ta confession, les barreaux seront brisés, et tous les liens seront défaits. »

J’ai toujours été touché par la parole du pape Benoît XVI et je l’expérimente à chaque fois que je me confesse : « La réconciliation sacramentelle est assurément l'un des moments où la liberté personnelle et la conscience de soi sont appelées à s'exprimer de manière particulièrement évidente (…) A notre époque, caractérisée par le bruit, par la distraction et par la solitude, le dialogue du pénitent avec le confesseur peut représenter l'une des rares occasions, si ce n'est l'unique, pour être véritablement écouté en profondeur »[2].

En mettant à distance de soi-même et de sa seule affectivité, en insérant dans un acte qui, précisément en tant qu’acte sacramentel, est d’abord celui du Christ, le rite de l’aveu fait entrer le pénitent dans un ordre qui le dépasse, celui de Dieu.

 

4. Le sacrement de la pénitence est une Réconciliation

Il peut être décourageant de venir se confesser seulement pour soulager sa conscience, se sentir en règle sans que cela ne semble changer quoi que ce soit dans ses choix et son comportement. Sans doute cette prise de conscience peut-elle être un réveil salutaire pour se demander en vérité : qu’est-ce que je peux attendre du sacrement de la réconciliation ?

Il est vrai que le point de départ de la démarche de pénitence est un manque, un certain mal être de ne pas se sentir, dans tel et tel domaine de sa vie, en adéquation avec son identité de chrétien. C’est l’attitude du fils prodigue de la parabole qui ayant le temps de réfléchir pendant qu’affamé il garde les porcs fait un retour sur lui-même. Il regrette ses choix, déplore sa situation et trouve la force de parcourir le chemin du retour en espérant simplement améliorer sa condition d’ouvrier agricole…

Oui, aller se confesser pour se sentir mieux avec sa conscience chrétienne peut être un point de départ… mais pas encore le fruit que Dieu veut accorder dans ce sacrement.

Lorsqu’il arrive vers son Père, le fils prodigue, humilié et amaigri, n’a pas le temps de présenter sa candidature d’ouvrier agricole. Voici que tout change pour lui à travers les dons de son Père : il bénéficie de l’abondance de mets d’un festin, de la liberté de déplacement d’une paire de sandales neuves, de l’autorité d’hériter d’une belle bague ou chevalière… Bref sa condition n’a plus rien à voir avec la précédente : d’esclave il est devenu non pas ouvrier salarié mais fils héritier reconnu et il ne s’en était même pas douté !

Demandons-nous si en allant nous confesser par étroite obligation de conscience, l’esprit obnubilé par les fautes à effacer, nous ne risquons pas d’oublier dans le confessionnal le plus important :

un festin, une paire de sandales, une bague au doigt ou chevalière… et la joie d’être rétabli dans l’amour du Père pour ses enfants. Fondamentalement le sacrement de la pénitence est une Réconciliation. Elle change notre situation spirituelle en nous réconciliant avec le Père. Elle transforme nos relations humaines en nous réconciliant avec l’Église, communauté de pécheurs pardonnés. Elle renouvelle et éclaire le regard sur nos choix en nous réconciliant avec nous-même. Oui je peux attendre de la confession beaucoup plus qu’une remise en règle. Si mon cœur s’ouvre, elle peut opérer en moi un renouvellement de tout mon être réconcilié et baigné dans la miséricorde du Père.

 

5. Vivre la confession

Quelques petits conseils concrets pour arriver à cette qualité de confession :

 Dans son exhortation apostolique Verbum Domini au n° 61, Benoît XVI précise : « Afin de percevoir davantage la puissance de réconciliation que possède la Parole de Dieu, on recommande à chaque pénitent de se préparer à la confession en méditant un passage adapté de la Sainte Ecriture et de commencer sa confession par la lecture ou l’écoute d’une exhortation biblique ».

« Confesser » l’amour de Dieu en même temps que notre péché. Cette confession ne saurait se réduire à la seule accusation des péchés. Selon la tradition la plus ancienne de l’Eglise, cet acte intègre dans une même démarche confession de foi, confession des péchés et action de grâce. Pénitent et ministre confessent ensemble l’amour de Dieu à l’œuvre en ceux qui reviennent à lui (ce qui rejoint le merci/pardon/s’il te plaît)

« C’est trop facile d’entrer aux églises, de déverser toute sa saleté face au curé qui dans la lumière grise, ferme les yeux pour mieux nous pardonner » Ainsi commence une chanson de Jacques Brel. Il l’a intitulée « Grand Jacques » peut-être parce qu’il semble se parler à lui-même.

Ses paroles invitent à se demander : pour moi, la confession est-ce une voie de facilité ou de conversion ?

Quand on se confesse, avant d’entendre les paroles d’absolution, on est invité à prononcer un acte de contrition. Parmi les formules possibles, on peut dire notamment : « je prends la ferme résolution de ne plus pécher et de faire pénitence. » Qu’est-ce que cela implique ?

Avec un minimum de réalisme et de connaissance de soi, on sait bien qu’on se retrouvera d’une façon ou d’une autre pris au piège de la tentation et qu’il faudra retourner se confesser. On ne peut en réalité offrir aucune garantie de ne jamais retomber. On peut cependant s’engager à mener ses combats, avec la force qu’on a reçue, et à chercher à se convertir.

L’absolution me replonge dans le baptême, elle a reçu le nom de « baptême de larmes », ou de « seconde planche de salut »[3]. A nouveau j’entre dans le sacrifice du Christ. J’en reçois gratuitement les mérites et suis recréé juste comme lors de mon baptême. On peut dire que l’absolution rend présente à nouveau la grâce de mon baptême. Elle transforme véritablement mon cœur. Même si la chose n’est pas toujours immédiatement sensible, je peux poser l’acte de foi que je ne suis plus le pécheur que j’étais. Je dois croire que je ne pêche pas deux fois de la même manière si j’ai reçu entre temps le pardon .

Habituellement, le prêtre demande au pénitent de faire un acte simple qui va manifester sa volonté de changer de comportement. Il peut s’agir d’une prière, d’un geste de partage, de service du prochain. Cet acte symbolique, qu’on appelle la « pénitence » est en réalité un signe de conversion. Il manifeste qu’on veut s’engager dans une attitude de pénitence et de conversion.

En quoi cela consiste-t-il ? Il peut y avoir une dimension de réparation si le péché commis a porté atteinte à la justice.

En ce cas je suis tenu de réparer, dans la mesure du possible, les dommages que j’ai causés. Mais l’essentiel du travail de pénitence est tourné vers l’avenir. Il s’agit de mettre en œuvre la liberté nouvelle reçue par le sacrement. Il s’agit de vivre dans la liberté de l’Esprit pour porter du fruit, des manifestations concrètes de foi, d’espérance et de charité.

J’ai été pardonné gratuitement par le Seigneur. C’est parce que j’ai été pleinement réconcilié avec lui que je vais essayer, par des efforts personnels, d’ascèse, de partage ou de prière, de correspondre au mouvement que cette grâce produit en moi.

 

6. Ai-je l’obligation de me confesser ?

Il n’y a obligation stricte de s’approcher du sacrement de réconciliation que là où il y a eu rupture d’alliance : « Le fidèle est tenu par l’obligation de confesser, selon leur espèce et leur nombre, tous les péchés graves commis après le baptême ». « Péché grave » (Rituel), « péché mortel » (CEC) signifient en pratique une même réalité. Il est évident que le concept de mort est ici spirituel: il s'agit de perdre la vie véritable ou ‘vie éternelle’ qui, pour Jean, est la connaissance du Père et du Fils (Jn 17, 3), la communion et l'intimité avec eux. Jean semble vouloir souligner la gravité incalculable de ce qui est l'essence du péché, le refus de Dieu, accompli surtout dans l'apostasie et l'idolâtrie.

« Le péché grave ou mortel fait mourir en l’homme la charité […] mais il ne signifie pas que l’homme n’est plus pour Dieu un objet d’amour, un être aimé, ou que, pour Dieu, il est comme mort, ainsi qu’on l’entend parfois. Dans sa miséricorde, Dieu aime l’homme en état de péché mortel. Il le poursuit jusqu’à ce qu’il revienne, comme le Bon Pasteur va à la recherche de la brebis perdue. Il ne se ‘résigne pas à nos ruptures d’alliance’ (préface de la messe de réconciliation I) »[4].

 

Concile de Latran 1215, toujours valable : (Dz 812) : « Tout fidèle après avoir atteint l'âge de raison, confessera personnellement et fidèlement tous ses péchés au moins une fois par an recevant avec respect au moins à Pâques le sacrement de l'eucharistie ». Ce que l’on a longtemps appelé « faire ses Pâques ».

Le recours au sacrement, même pour les péchés véniels, est très utile. Ce n’est pas une pure répétition rituelle ni un exercice de psychologie, mais une recherche assidue pour que la grâce du baptême porte ses fruits. « Dans les confessions de ce genre, les pénitents, en s’accusant des fautes vénielles, doivent se soucier avant tout de ressembler plus profondément au Christ et d’obéir plus attentivement aux appels de l’Esprit. Mais, pour que ce sacrement développe réellement toute son efficacité, il est nécessaire qu’il s’enracine dans toute la vie des chrétiens et les entraîne à servir Dieu et leurs frères avec plus de ferveur » (RF 19).

CEC 1862 : « On commet un péché véniel quand on n’observe pas dans une matière légère la mesure prescrite par la loi morale, ou bien quand on désobéit à la loi morale en matière grave, mais sans pleine connaissance ou sans entier consentement ».

Jean-Paul II, dans son Audience générale du 19 avril 1984 s’exprima ainsi : « On peut et doit dire que le sacrement de l’eucharistie pardonne les péchés (…) Le concile de Trente parle en ce sens de l’eucharistie comme d’une ‘antidote par laquelle nous sommes libérés des fautes quotidiennes et préservés des péchés mortels’ (Dz 1638) ». Il précisa ensuite dans son Audience générale du 15 juin 1984 : « Les paroles que le prêtre prononce au moment de la consécration du vin expriment plus directement cette efficacité en ce qu’elles affirment que le sang du Christ, rendu présent sur l’autel, a été versé pour la multitude des hommes ‘en rémission des péchés’. Ce sont des paroles efficaces. Chaque consécration eucharistique obtient un effet de rémission des péchés pour le monde et contribue ainsi à la réconciliation de l’humanité pécheresse avec Dieu (…)

Ceux donc qui participent au sacrifice eucharistique reçoivent une grâce spéciale de pardon et de réconciliation ».

CEC 1458 : « Sans être strictement nécessaire, la confession des fautes quotidiennes (péchés véniels) est néanmoins vivement recommandée par l’Église (Trente, Dz 1680). En effet, la confession régulière de nos péchés véniels nous aide à former notre conscience, à lutter contre nos penchants mauvais, à nous laisser guérir par le Christ, à progresser dans la vie de l’Esprit. En recevant plus fréquemment par ce sacrement, le don de la miséricorde du Père, nous sommes poussés à être miséricordieux comme lui (cf. Lc 6, 36) ».

Tout est dit sous le signe de la croissance spirituelle dans la grâce baptismale et en rapport au Christ qui doit en être l’âme. C’est précisément du désir de se laisser toucher par lui et d’être transformé à son image dans la docilité à la vie de l’Esprit que naît l’exigence intérieure de se confesser.

En confessant ses fautes légères, le souci premier doit être « avant tout de ressembler plus profondément au Christ et d’obéir plus attentivement aux appels de l’Esprit ».

La confession régulière et honnête des péchés éduque le pénitent à l'humilité, à la reconnaissance de sa propre fragilité. Elle l’éduque, dans le même temps, à la conscience de la nécessité du pardon de Dieu et à la confiance que la Grâce divine peut transformer la vie.

La démarche de retour du fils prodigue à la maison paternelle (cf. Lc 15,11-24) dont le centre est le père miséricordieux avec son accueil généreux, sa joie de retrouver son enfant qui était perdu, exprime bien l’attitude que doit avoir un vrai pénitent. « La belle robe, l’anneau et le banquet de fête sont des symboles de cette vie nouvelle, pure, digne, pleine de joie qu’est la vie de l’homme qui revient à Dieu et au sein de sa famille, qui est l’Église. Seul le cœur du Christ qui connaît les profondeurs de l’amour de son Père, a pu nous révéler l’abîme de sa miséricorde d’une manière si pleine de simplicité et de beauté » (Catéchisme de l’Église Catholique, n°1439).

Se confesser c’est s’approcher de la sainteté de Dieu, c’est retrouver sa propre vérité intérieure, troublée et même bouleversée par le péché, c’est se libérer au plus profond de soi-même, et par la suite recouvrer la joie perdue, la joie d’être sauvé, que la majorité de nos contemporains ne sait plus apprécier. Une sincère pratique du sacrement de la réconciliation est un réel tremplin pour la maturité de la vie ecclésiale et le perfectionnement de la vie chrétienne.

L’énumération des fautes peut avoir un caractère répétitif, sinon lassant. Mais la démarche elle-même n’a rien de répétitif dans la mesure où elle puise toujours (tout en mettant ses pauvretés devant Dieu) au désir d’une conformité toujours intime au Christ dans la docilité à l’Esprit. C’est à cette source profonde que naît l’affinement de la conscience qui donne sens à la démarche sacramentelle.

 

La joie de la fête est l’expression de la miséricorde

« Dans l’évangile, il n’est pas seulement question d’accueil ou de pardon, mais de « fête » pour le retour du fils. La joie de la fête est l’expression de la miséricorde, qu’exprime parfaitement l’Évangile selon saint Luc : « Il y aura plus de joie dans le ciel pour un seul pécheur converti que pour quatre-vingt-dix-neuf justes, qui n’ont pas besoin de conversion » (Lc, XV, 7). Il ne dit pas : s’il devait rechuter, revenir en arrière, accomplir de nouveaux péchés, qu’il se débrouille tout seul ! Jésus a dit : « soixante-dix fois sept » (Mt., XVIII, 22).

Après une confession nous sommes dans un esprit de fête et j’aime bien demander aux parents du catéchisme de manifester cet esprit de fête après la confession de leur enfant

 

7. Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux

Pardonner ce n’est plus seulement accorder des pardons ponctuels et répétés, c’est entrer dans un nouveau regard sur nos frères.

C’est vivre à leurs côtés enveloppés de la miséricorde du Père qui nous restaure dans notre liberté d’enfants bien-aimés capables d’aimer malgré tout.

Si quelqu’un se met à dire du mal de moi dans mon dos d’une façon injuste et mensongère, il ne sera pas facile de lui pardonner. Si après avoir été pardonnée, cette personne se remet à déblatérer contre moi sans souci de la vérité, je serai tenté de mettre en doute sa sincérité et sa droiture et il sera très difficile, nous le savons, de lui pardonner de nouveau. On se demande si c’est juste et héroïque ou bien idiot et inutile de passer l’éponge une seconde fois. On se dit pardonner une fois oui, deux à la rigueur… mais c’est tout !

Pierre a dit à Jésus « Dois-je pardonner jusqu’à 7 fois au frère qui aura péché contre moi ? » Pierre dit cela avec un cœur généreux. Vouloir redonner 6 fois sa chance au fautif lui semble être le maximum, l’idéal évangélique absolu. Et Jésus le stupéfie par sa réponse : « Je ne te dis pas jusqu’à 7 fois mais jusqu’à 70 fois sept fois. » Jésus demande à Pierre quelque chose d’humainement impossible et il l’explique par la parabole d’un débiteur ayant refusé de remettre une dette de 100 deniers alors que son maître lui avait remis une dette de 60 millions de deniers. Jésus veut faire comprendre que ce qu’il faut regarder c’est le pardon que nous recevons de Dieu et qui est sans commune mesure avec celui que nous avons à donner.

A Dieu nous devons tout, l’être et la vie, à Dieu nous donnons si peu. Lui il ne mesure pas ce qu’il donne. Il pardonne sans limite à qui regrette sa faute. Il nous remet nos péchés alors que tout montre que nous allons recommencer. Il ne règle pas des comptes avec nous. Il fait miséricorde. Il agit selon ce qu’il est : l’Être de miséricorde. Jésus demande à Pierre, à chacun de nous, de découvrir la démesure de la miséricorde du Père pour nous et de se laisser transformer par elle. Sa miséricorde nous précède, nous enveloppe, nous accompagne. Elle nous rend capables de vivre et d’agir malgré notre péché.

Conscient d’être des pécheurs pardonnés, nous pouvons regarder différemment le frère qui nous blesse. Ce regard différent sur notre frère qui a péché initie une attitude de cœur radicalement nouvelle entre frères également pécheurs pardonnés.

 

8. Le jubilé amène la réflexion sur l’indulgence.

« Dès le Moyen-Âge, l’Année sainte est liée au fait que le pape accorde des indulgences, réalité parfois mal comprise [qui a connu des excès], mais à laquelle l’Eglise catholique tient. Quand nous agissons, nous posons un acte qui a des effets secondaires : si je dis du mal de quelqu’un ce mal se diffuse, et même si je me repens, je ne peux en rattraper les effets. Grâce au sacrement de réconciliation, je suis pardonné, mais c’est l’indulgence qui va faire en sorte qu’au terme de l’histoire, dans la perspective de la vie éternelle, je ne sois écrasé ni par mes actes, ni par leurs effets.

Il faut faire une démarche spéciale qui marque la volonté d’être porté par la totalité du Corps du Christ. D’où l’idée qu’elle se fasse au départ à Rome et qu’une prière soit dite aux intentions du pape. A Paris, 8 églises ont été choisies »[5] :

la cathédrale Notre-Dame de Paris,

 la basilique du Sacré-Cœur de Montmartre,

 la basilique Notre-Dame-des-Victoires,

 la basilique Notre-Dame-du-Perpétuel-Secours,

 l’église Saint-Louis-d’Antin,

 l’église Saint-Sulpice,

 la chapelle de la Médaille-Miraculeuse,

 l’église Notre-Dame de l’Assomption (mission polonaise, rue Saint-Honoré, 8e).

« Pour vivre et obtenir l’indulgence, les fidèles sont appelés à accomplir un bref pèlerinage vers la Porte Sainte, ouverte dans chaque Cathédrale ou dans les églises établies par l’évêque diocésain, ainsi que dans les quatre basiliques papales à Rome, comme signe du désir profond de véritable conversion.

[…le pape François ] pense, à ceux qui, pour divers motifs, n’auront pas la possibilité de se rendre à la Porte Sainte, en premier lieu les malades et les personnes âgées et seules. […] Vivre avec foi et espérance joyeuse ce moment d’épreuve, en recevant la communion ou en participant à la Messe et à la prière communautaire, également à travers les divers moyens de communication, sera pour elles la façon d’obtenir l’indulgence jubilaire.  […]

[…] Enfin, l’indulgence jubilaire peut être obtenue également pour les défunts. Nous sommes liés à eux par le témoignage de foi et de charité qu’ils nous ont laissés. Ainsi, nous pouvons, dans le grand mystère de la communion des Saints, prier pour eux afin que le visage miséricordieux du Père les libère de tout résidu de faute et puisse les accueillir dans ses bras, dans la béatitude qui n’a pas de fin »[6].

 

Questions pour le temps de partage :

- Comment parlez-vous de la confession autour de vous, à vos enfants, amis ?

- Quelles sont les joies particulières que vous avez éprouvées ?

- Quelles sont les difficultés auxquelles vous devez faire face ?

- Comment faire pour vivre la confession comme un vrai temps de réconciliation, en profondeur ?

 

Annexe :

CEC 1857 : Pour qu’un péché soit mortel trois conditions sont ensemble requises : " Est péché mortel tout péché qui a pour objet une matière grave, et qui est commis en pleine conscience et de propos délibéré " (RP 17).

CEC 1858 : La matière grave est précisée par les Dix commandements selon la réponse de Jésus au jeune homme riche : " Ne tue pas, ne commets pas d’adultère, ne vole pas, ne porte pas de faux témoignage, ne fais pas de tort, honore ton père et ta mère " (Mc 10, 18). La gravité des péchés est plus ou moins grande : un meurtre est plus grave qu’un vol. La qualité des personnes lésées entre aussi en ligne de compte : la violence exercée contre les parents est de soi plus grave qu’envers un étranger.

CEC 1859 : Le péché mortel requiert pleine connaissance et entier consentement. Il présuppose la connaissance du caractère peccamineux de l’acte, de son opposition à la Loi de Dieu. Il implique aussi un consentement suffisamment délibéré pour être un choix personnel. L’ignorance affectée[7] et l’endurcissement du cœur (cf. Mc 3, 5-6 ; Lc 16, 19-31) ne diminuent pas, mais augmentent le caractère volontaire du péché.

 

 

 

[1]      Pape François, Le nom de Dieu est miséricorde, Conversation avec Andrea Tornielli, Robert Laffont / Presses de la Renaissance, page 48.

[2]     Benoît XVI, Discours du 11 avril 2011 à la Pénitencerie apostolique.

[3]     Dz 1542.1672 ; CEC 1429.

[4]     J.-M. Hennaux, « L’importance pastorale de la distinction entre péché mortel et péché véniel », in Aa. Vv., Le sacrement du pardon, Théologie et pastorale, Colloque à Ars 17-19 décembre 1998, Paris, Parole et Silence, 1999, p. 37.

[5]               E. Moulins-Beaufort Paris Notre-Dame du 07/01/2016, page 9

  1.              Extrait de la lettre du Pape François accordant l’indulgence à l’occasion du jubilé extraordinaire de la miséricorde

[7]     CEC 1860 : « L’ignorance involontaire peut diminuer sinon excuser l’imputabilité d’une faute grave. Mais nul n’est censé ignorer les principes de la loi morale qui sont inscrits dans la conscience de tout homme. Les impulsions de la sensibilité, les passions peuvent également réduire le caractère volontaire et libre de la faute, de même que des pressions extérieures ou des troubles pathologiques. Le péché par malice, par choix délibéré du mal, est le plus grave ».